Captain Fantastic
Dans
les forêts reculées du Nord-Ouest des États-Unis, vivant isolé de
la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à
faire de ses six jeunes enfants d'extraordinaires adultes.
Mais
quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis
qu'il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va
l'obliger à questionner ses méthodes d'éducation et remettre en
cause tout ce qu'il leur a appris.
Il
porte le nom d'un héros. Il s'habille comme un héros. Il parle
comme un héros. ‘Captain Fantastic’ en est-t-il vraiment un ?
Qualifier
‘Captain Fantastic’ de film « intéressant »
tiendrait carrément du blasphème. Organique, solaire, radieux,
maîtrisé, subtil, ambitieux, volubile, puissant, salvateur,
intense, dénonciateur, ironique, émouvant et drôle à la fois, les
adjectifs ne manquent pas pour décrire ‘Captain Fantastic’. Des
films comme ça, on a autant de chances d'en voir que des perséides
sous un ciel couvert d'hiver.
Véritable
leçon de vie de par son regard anti-consumériste, ‘Captain
Fantastic’ excelle aussi bien sur le fond que sur la forme. Il
souligne l’importance de la fraternité, du respect d'autrui, la
place essentielle de l'écoute, et traite aussi de l’égalité des
sexes, du rapport à la nature, de l’auto-suffisance, etc. Oui,
l'ambitieux ‘Captain Fantastic’ est un film pédagogique. C'est
aussi un film porteur d’un vrai propos, un vrai message. Il
parvient ainsi à dénoncer les hypocrisies et les limites de la
société dans laquelle nous évoluons. Il aborde, avec une franchise
et une simplicité précieuses, des thèmes souvent balayés ou
caricaturés à l’écran : notamment les maladies mentales
(schizophrénie, dépression). Avec ses références littéraires à
la pelle (‘Les frères Karamazov’ de Dostoyevski, George Eliot,
etc), ses métaphores, et ses dialogues tranchants, ‘Captain
Fantastic’ fait preuve d'une intelligence rare.
Et quand vient le moment de la crise cardiaque sur fond de « My heart will go on », le spectateur crie au génie.
Les
jeunes acteurs semblent nés pour leur rôle, du plus âgé de la
fratrie (Bodevan, interprété par Georges MacKay, que l'on avait
déjà remarqué dans ‘Pride’,
ou la mini-série ‘11.22.63’) au plus jeune (Mai, joué par
Charlie Shotwell) en passant par Vespyr (Annalise Basso), Kielyr
(Samantha Isler), Rellian (Nicholas Hamilton) et Zaja (Shree Crooks).
Notons qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai, et ils nous
livrent des performances dignes des plus grands. Viggo « Aragorn »
Mortensen – en figure de chef de tribu/hippie idéaliste, Ben –
est juste, inspirant et inspiré, et provoque une admiration
certaine. L'acteur tient probablement avec ce rôle fascinant son
meilleur personnage. L'alchimie entre les membres du casting renforce
le réalisme de l'ensemble. Preuve en est : à la fin du
tournage, les jeunes acteurs appelaient Viggo « Summer Dad ».
Frank Langella (dans le rôle du grand-père), est, comme à son
habitude, impressionnant.
Filmé
dans le nouveau Mexique et dans l'état de Washington, les paysages
illustrent de façon fort à-propos le voyage intérieur de chacun
des personnages.
La
B.O. est excellentissime (Sigur Rós, une magnifique reprise de
‘Sweet Child of Mine’ des Guns N’ Roses, etc.) ; elle
rythme la narration et sublime les émotions.
Après
la projection, nous n’avons eu qu’une seule envie : tout
quitter pour aller vivre loin de la « civilisation »,
loin des nouvelles technologies et près de ce qui compte
réellement : les siens, la nature. Le film insuffle cette idée
de se créer une « Utopia », un Eden, de faire de nos
enfants des rois-philosophes. Oui, nous nous emballons quelque peu…
Le sentiment le plus profond qui reste : devenir une meilleure
version de nous-mêmes.
On
dit que les meilleurs réalisateurs sont ceux qui ont été acteurs.
Matt Ross nous le confirme. En nous faisant nous évader le temps de
la projection et en nous arrachant des larmes (de joie) (ou les
faisant couler à torrents, selon les sensibilités) – n'ayons pas
peur de le dire, cette perle cinématographique qu'est ‘Captain
Fantastic’ vaut bien son poids en étoiles. Vous l'aurez compris,
‘Captain Fantastic’ porte bien son nom. Et dire que Matt Ross
n'en est qu'à ses débuts !
Note : ★★★★★
Critique :
Choupette & Goupil
À
noter que ‘Captain Fantastic’ a remporté le Prix du Public et le
Prix du Jury au Festival
du Cinéma Américain de Deauville en 2016. Avez-vous encore
besoin d’être convaincu-e-s d’aller le voir ?
Sortie
: 12 octobre 2016
(du
25 au 28 septembre dans le cadre des Fortis Film Days)



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